AUTOUR DES LAUREATS 2006

PREMIERES RENCONTRES EUROPEENNES DE LITTERATURE A STRASBOURG

AUTOUR DES LAUREATS 2006

Antonio Gamoneda
Henri Meschonnic
Albert et Adolphe Matthis

Vendredi 3 et samedi 4 mars 2006

Avec la participation de
Jacques Ancet
Gaston Jung
Bernard Noël
Serge Pey
Claude Vigée

Autour des Frères Matthis
« En juillet 1919, j’ai fait un séjour prolongé à Uttwil, où Schickele avait acheté une maison. Pendant de longues heures, il me raconta des souvenirs de sa jeunesse alsacienne, souvenirs entre autres des frères Matthis … Il me décrivit ces deux célibataires timides et réservés, prudes à la fois et caustiques qui, derrière ces apparences, cachaient leur jeu, c’est-à-dire leurs qualités de poètes … Ils étaient les premiers, d’après lui, à élever le dialecte alsacien à la hauteur du chant d’Orphée » (Maxime Alexandre).

ALBERT ET ADOLPHE MATTHIS sont nés le 27 décembre 1874 au Val-de-Villé. En 1875 la famille s’installe à Strasbourg, au 49, rue du Faubourg-National. En 1882, premier déménagement pour le 49, Grand-Rue, puis en 1890 pour le 66 de la même artère. En 1892, nouveau déménagement pour le 8, quai des Bateliers. Les frères Matthis y resteront treize ans, écoutant chaque soir de leur fenêtre ouverte cette « cloche de dix heures » (d’Zehnerglock) à laquelle ils consacreront un de leurs poèmes fameux.

Cette époque est pour eux d’une particulière fécondité. Albert écrit l’ascension de la flèche de la cathédrale (Hitt grattle mer bi Wind un Sturm uff d’Schnecke nuff vum Müenschterdhurm) tandis qu’Adolphe consacre un magnifique poème au Mont Sainte-Odile (Uff Sant-Uedilli). Poussés par leurs amis, les frères Matthis se décident à publier des recueils de leurs œuvres, mais toujours par souscription à prix coûtant et à tirage très limité. « Il y a chez les frères Matthis, souligne Alfred Schlagdenhauffen, un curieux mélange de simplicité et de fierté. Ils n’ont jamais recherché les honneurs. La gloire est venue d’elle-même, un jour. Elle est venue de la sincérité de leur effort poétique, et cet effort a été pour eux un besoin. La poésie fut le côté lumineux de leur existence modeste. »
En 1905 les deux frères déménagent à nouveau pour le 13, rue Finkwiller où ils resteront pendant près de vingt ans. La silhouette des deux frères, se promenant d’un pas nonchalant au long des quais de l’Ill est restée légendaire : «Vieux garçons, écrit encore A. Schlagdenhauffen, quelque peu originaux dans leur comportement, vêtus tous deux de même façon, l’œil brillant ou rêveur sous leurs grands feutres noirs à larges bords ; d’un abord craintif et facilement effarouché comme pour s’abriter contre la raillerie toujours aisée. Ajoutons qu’ils étaient affables, délicat et d’une politesse exquise. »
Lorsque éclate la guerre, Albert est envoyé sur le front russe et Adolphe placé en résidence forcée dans le Hanovre. En 1923, nouveau déménagement pour le 6, cour Saint-Nicolas. Le 17 juin 1930 Albert Matthis meurt au terme d’une longue maladie. À son frère il fait cette seule recommandation : « Adolphe, ne dérange pas les amis. Tu m’accompagneras seul au cimetière de Saint-Gall où je t’attendrai. » Adolphe loue une pièce au 6, quai Saint-Thomas, qu’il meuble à l’exact identique de leur ancienne chambre. Il demeure à Strasbourg durant toute la période d’occupation. Il ne verra malheureusement pas la libération de sa ville. Il meurt le 25 mars 1944 et est enterré auprès de son frère jumeau au cimetière de Saint-Gall.

L’OEUVRE DES FRÈRES MATTHIS n’a fait jusqu’à ce jour l’objet d’aucune traduction française en volume. Leur œuvre poétique est pourtant considérable : Ziwwelbaamholz (Bois d’oignon, 1901) – Maiatzle (Hannetons, 1903), couverture de Georges Ritleng et Emile Schneider – Widesaft (Sève de saules, 1911), couverture de Maurice Achener – Bissali (Pissenlit, 1923), illustré par Philippe Kamm – D’r klaan Bissali (le Petit pissenlit, 1925) – E busche Bluescht (Un bouquet de branches fleuries, 1925) – Aephai (Feuilles de lierre, 1931) – Fülefüte (Colchiques d’automne, 1937). Une bonne introduction générale à l’œuvre et à la personnalité des frères Matthis est donnée par le numéro que leur a consacré la revue Saisons d’Alsace en 1974 : Albert et Adolphe Matthis, créateurs du lyrisme alsacien, Saisons d’Alsace n° 53, décembre 1974. Numéro réalisé sous la direction d’Alfred Schlagdenhauffen et Raymond Matzen, avec la collaboration de Robert Lutz, Robert Fuchs, Martin Allheilig, René Metz, Jean Braun, Lucienne Lapointe, Gabriel Andrès, Maxime Alexandre et Louis Edouard Schaeffer.

GASTON JUNG a reçu le Prix du Patrimoine Nathan Katz 2006 pour traduire un choix de poèmes des frères Matthis. Il est né à Strasbourg en 1932. Metteur en scène, écrivain, traducteur, éditeur, il a fondé le Théâtre des Drapiers (1964) et les Éditions du Drapier (1992). Il a enseigné le théâtre au Théâtre National de Strasbourg (TNS), à Paris, à Nice, à Bruxelles et Lisbonne. Il a publié aux Éditions du Drapier quatre ouvrages en prose : Hélas Stanislas, Ylviuys, Schneewitt, Le tortu. Ses livres de poésie sont écrits en français, en alsacien et en allemand. En français, chez Lieux-dits : Trop et Périple. En alsacien : Aanfiirholz (Le Drapier) et Offe Gsaat (Do Bentzinger). En allemand : Ballast (Krautgarten). Un disque a été consacré à ses poèmes : Géraldine Keller chante Gaston Jung (Le Drapier). Il est également l’auteur d’une monographie : Trajectoires (Revue Alsacienne de Littérature). Il a reçu en 1993 le Prix de la Société des Écrivains d’Alsace.
LA TRADUCTION FRANÇAISE DES FRÈRES MATTHIS par Gaston Jung paraît dans le cadre des 1ères Rencontres Européennes de Littérature à Strasbourg sous le titre Bois d’oignon. Poèmes choisis traduits du strasbourgeois et présentés par Gaston Jung. Édition bilingue. Préface de Dominique Huck. Postface de Maxime Alexandre. Biographie et bibliographie. Arfuyen, mars 2006.

Le moineau joue du trombone sur les toits,
Le vent pleure comme si tu le pinçais des dix doigts,
Le charbonnier Auguste tape deux notes trop bas,
Et l’oie des neiges souffle dans son harmonica ;
Et les prés et les champs préparent l’accouchement,
Au tas de betteraves grignotent les souris,
Les arbres ont tous des têtes d’enterrement,
Comme Ève jadis chassée du Paradis.
Le froid vient faire ses compliments, tout en
Raccourcissant les jours, les nuits s’allongeant d’autant,
Et le coq se bagarre même avec les canards pour monter,
Malgré qu’il soit rhumatisant, les marches d’escalier.

Albert Matthis, L’Hiver, extrait des Quatre saisons
(écrit entre 1897 et 1900). Trad. Gaston Jung.

■ Samedi 4 mars, de 10 h à 13 h 00 ■
Autour d’Henri Meschonnic

HENRI MESCHONNIC est né à Paris en 1932, de parents juifs russes venus de Bessarabie en 1924. Il y a ensuite la guerre et la traque. Puis des études de lettres. Un passage de huit mois dans la guerre d’Algérie en 1960. Premiers poèmes parus dans la revue Europe en 1962 : Poèmes d’Algérie. Linguiste, il enseigne à l’université de Lille de 1963 à 1968, puis, de 1969 à 1997, à Paris 8.
L’étude de l’hébreu le mène à entreprendre des traductions bibliques, point de départ d’une réflexion à la fois sur le rythme et sur la théorie générale du langage et du problème poétique : les deux premiers livres, ensemble, Les Cinq rouleaux et Pour la poétique, en 1970. Mais c’est la vie qui mène aux poèmes : le premier livre de poèmes Dédicaces proverbes, reçoit le prix Max Jacob en 1972.
Depuis, tout est travaux en cours : les traductions bibliques, les poèmes, les essais sur la poésie et sur le langage, tous trois inséparablement les aspects différents d’une même activité. En poésie, il reçoit le prix Mallarmé en 1986 pour Voyageurs de la voix. Henri Meschonnic est membre, depuis 1987, de l’Académie Mallarmé.

L’OEUVRE D’HENRI MESCHONNIC est aussi ample par son ambition que par sa variété. Mais c’est l’œuvre poétique qui en est le cœur : Dédicaces proverbes, Gallimard, 1972. Dans nos recommencements, Gallimard, 1976. Légendaire chaque jour, Gallimard, 1979, Voyageurs de la voix, Verdier, 1985. Jamais et un jour, Dominique Bedou, 1986. Nous le passage, Verdier, 1990 ; cassette audio, Artalect, 1990. Combien de noms, L’improviste, 1999. Je n’ai pas tout entendu, Dumerchez, 2000. Puisque je suis ce buisson, Arfuyen, 2001. Infiniment à venir, Dumerchez, 2004. Tout entier visage, Arfuyen, 2005. Dans la recherche inlassable de la justesse du rythme, le travail de traduction des textes bibliques est un prolongement naturel de l’œuvre poétique : Les Cinq Rouleaux : Le Chant des chants, Ruth, Comme ou les Lamentations, Paroles du sage, Esther, traduit de l’hébreu, Gallimard, 1970. Jona et le signifiant errant, Gallimard, 1981. Gloires, traduction des Psaumes, Desclée de Brouwer, 2001. Au commencement, traduction de la Genèse, Desclée de Brouwer, 2002. Les Noms, traduction de l’Exode, Desclée de Brouwer, 2003. Et il a appelé, traduction du Lévitique, Desclée de Brouwer, 2005.
Quant aux essais, ils sont trop nombreux pour en donner ici une liste complète. Ils commencent avec un ensemble bien connu de livres sur la poétique : Pour la poétique, Gallimard, 1970. Pour la poétique II : épistémologie de l’écriture, Poétique de la traduction, Gallimard, 1973. Pour la poétique III : Une parole écriture, Gallimard, 1973. Pour la poétique IV : Écrire Hugo, Gallimard, 1977. Pour la poétique V : Poésie sans réponse, Gallimard, 1978. On citera également : Modernité modernité, Verdier, 1988 ; rééd. Folio Gallimard, 1994. Politique du rythme, politique du sujet, Verdier, 1995. Poétique du traduire, Verdier, 1999. L’utopie du Juif, Desclée de Brouwer, 2001. Spinoza poème de la pensée, Maisonneuve et Larose, 2002. Un coup de Bible dans la philosophie, Bayard, 2004.

CLAUDE VIGÉE est né à Bischwiller (Bas-Rhin) en 1921. Après des études au collège de Bischwiller et au lycée Fustel de Coulanges à Strasbourg en 1938, il est expulsé d’Alsace avec les siens à la suite de l’occupation nazie. Étudiant en médecine, il participe à l’organisation de la résistance juive à Toulouse de 1940 à 1942. Il publie ses premiers vers dans la revue Poésie 42, chez Pierre Seghers. Réfugié aux États-Unis au début de 1943, il enseigne la littérature française dans diverses universités américaines jusqu’en 1959. En 1950, est publié à Paris son premier livre de poèmes, La Lutte avec l’Ange. En 1954 paraît La Corne du Grand Pardon (Seghers), puis L’Été indien (Gallimard, 1957) et Le Poème du Retour (Mercure de France, 1962). Arrivé en Israël durant l’été 1960, il est nommé professeur de littérature française et comparée à l’Université Hébraïque de Jérusalem, où il enseigne jusqu’en 1983. Les poèmes écrits de 1939 à 1971 paraissent en 1972 sous le titre Le Soleil sous la Mer. Parmi ses récents ouvrages : La Danse vers l’abîme (Parole et silence, 2004), La Lutte avec l’Ange (L’Harmattan, 2005) et Le Vent du retour, poèmes de R. M. Rilke choisis et traduits de l’allemand (bilingue, Arfuyen, 2005).

SERGE PEY est né en 1950 à Toulouse. Fonde en 1975 la revue Émeute, puis Tribu en 1981. Il est l’auteur d’une quinzaine de livres ainsi que de pièces de théâtre et d’essais. Son art particulier mêle happening, poésie d’action, rituel et agit-prop. Créateur de situations il déplace le poème hors du livre jusqu’à ses plus ultimes conséquences. Fondateur du Festival international des poésies contemporaines de Toulouse, il enseigne la poésie d’action au Centre d’initiatives artistiques de l’Université de Toulouse Le Mirail. Il a reçu en 2001 le prix Yvan Goll. Citons parmi ses livres récents La définition de l’aigle (J. Brémond, 1997), L’enfant archéologue (J. Brémond, 1997), Poèmes hallucinogènes du Peyotl (Lézard, 2002) et, parmi les éditions sonores, L’évangile du serpent (Tribu, 1995) et Nous sommes cernés par les cibles (Serge Pey-André Minvielle, 2002).

BERNARD NOËL est né à Sainte-Geneviève-sur-Argence (Aveyron) en 1930. Les événements qui l’ont marqué sont ceux qui ont marqué sa génération : explosion de la première bombe atomique, découverte des camps d’extermination, guerre du Vietnam, découverte des crimes de Staline, guerre de Corée, guerre d’Algérie…
Ces événements portaient à croire qu’il n’y aurait plus d’avenir. D’où un long silence, comme authentifié par un seul livre, Extraits du corps (Minuit, 1958). Pourquoi je n’écris pas ? est la question sans réponse précise qui équilibre cette autre : Pourquoi j’écris ? devenue son contraire depuis 1969. Parmi les livres récents (tous aux éditions POL), on citera : Treize cases du je, 1998. La Maladie du sens, 2001. La Face de silence, 2002. La Peau et les Mots, 2002. Romans d’un regard, 2003. Un trajet en hiver, 2004. Les yeux dans la couleur, 2004.

mes amis sont tous ceux qui vivent de vivre
de donner à vivre
dans un monde
de ceux qui vivent la mort
Henri Meschonnic, Et la terre coule (2006)

■ Samedi 4 mars, de 15 h à 17 h ■
Autour d’Antonio Gamoneda
ANTONIO GAMONEDA est né à Oviedo (Galice) en 1931. Après la mort de son père, sa mère s’installe avec son fils à León, en 1934. Tous deux vivent dans la banlieue ouvrière, à la limite indécise du monde urbain et du monde rural. Au milieu de difficultés matérielles de toutes sortes, ils sont témoins de la sanglante répression de la guerre civile et de l’après-guerre. Sans avoir pu terminer ses études, Gamoneda entre, en 1945, comme coursier dans les bureaux d’une banque où il va travailler, à différents postes, pendant vingt-quatre ans. Pendant les années 50 et 60 il partage sa vie entre formation d’autodidacte et travail d’écriture, d’une part, et, de l’autre, un actif militantisme anti-franquiste au sein d’un groupe d’amis que suicides, folie et déchéance finiront par disperser. En 1969, il commence à travailler aux services culturels de la province de León : il crée et dirige la collection « Provincia » tout en animant un prestigieux centre d’expositions, avant qu’une décision judiciaire l’oblige à abandonner ce travail pour manque de titres universitaires. Il devient gérant de la Fundación Sierra-Pambley, organisme voué à l’éducation des paysans et des ouvriers. Le prix Castilla et León des Lettres lui a été décerné pour l’ensemble de son œuvre et il a reçu le Prix National de Poésie pour Edad en 1988.

L’OEUVRE D’ANTONIO GAMONEDA est l’une des plus marquantes de l’Espagne d’aujourd’hui. Œuvre volontairement restreinte cependant et concentrée en peu de recueils d’une exceptionnelle vigueur : La tierra y los labios (La terre et les lèvres, 1953), Sublevación inmóvil (Soulèvement immobile, 1960), Descripción de la mentira (Description du mensonge, 1977 et 1986), León de la mirada (León du regard), Blues castellano (Blues castillan, 1982), Lápidas (Pierres gravées, 1986), Edad (Âge, 1986), Libro del frío (Livre du froid, 1992), Libro de los venenos (Livre des poisons, 1995), ¿Tú ? avec Antoni Tápies (Froid des limites, 1998), Arden las pérdidas (Clarté sans repos, 2003), Reescritura (Réécriture, 2004), Cecilia (Cecilia, 2004) et Esta luz. Poesía reunida 1947-2004 (Cette lumière. Poésie complète 1947-2004, 2004). Gamoneda distingue dans son œuvre trois étapes : la première (1947-1959), où la présence de la mort coexiste avec un ardent désir de vivre ; la seconde (1961-1966), essentiellement représentée par Blues castillan, où l’écriture se rapproche du présent vécu ; enfin la période actuelle, inaugurée par Description du mensonge (1976) qui ouvre à ce qui constitue sans doute les œuvres majeures d’Antonio Gamoneda : Livre du froid (1992) et Clarté sans repos (2003), auquel il faut ajouter Froid des limites, repris dans la toute récente édition revue et augmentée de Libro del frío. La poésie de Gamoneda n’a sans doute jamais regardé avec un si rigoureuse lucidité, non exempte d’une dramatique angoisse, l’approche de l’abîme. Elle n’est pourtant ni débilitante ni désespérante. Solitude et silence, angoisse et agonie s’y trouvent transfigurés par l’intensité d’un désir qui ne veut pas se rendre et continue à chanter – à brûler – au cœur même de l’obscurité.

LES TRADUCTIONS EN FRANÇAIS de l’œuvre d’Antonio Gamoneda ont commencé de paraître depuis une dizaine d’années. La quasi-totalité des livres a aujourd’hui été traduite. Malgré cela, cette œuvre majeure est aujourd’hui encore si largement méconnue en France que l’anthologie de la poésie espagnole récemment parue dans la collection de la Pléiade l’ignore superbement. Parmi les traductions d’Antonio Gamoneda par Jacques Ancet, on citera : Pierre gravées (Lettres Vives, 1996), Froid des limites (Lettres Vives, 1999), Blues castillan (Corti, 2004), Description du mensonge (Corti, 2004) et Passion du regard (Lettres Vives, 2004). Parmi les autres traductions en français on citera également : Livre du froid, traduit par Jean-Yves Bériou et Martine Joulia (Antoine Soriano éd., 1996) et De l’impossibilité, traduit par Amelia Gamoneda, avec des gravures de Jean-Louis Fauthoux et une préface de Salah Stétié (Fata Morgana, 2004).

CLARTÉ SANS REPOS (ARDEN LAS PERDIDAS) est le dernier grand livre d’Antonio Gamoneda, peut-être le plus désespéré et, en même temps, le plus fort et le plus lumineux de tous. À l’occasion des présentes rencontres, il paraît aujourd’hui en édition bilingue. « Peut-on tirer une énergie du désespoir ? s’interroge Jacques Ancet, son traducteur. Un désir, malgré tout, d’aimer le monde quand tout nous en éloigne ? Peut-on faire de la disparition, du vieillissement et de la mort la pierre de touche de l’existence ? Il semblerait que oui, à la lecture de Clarté sans repos. Car ce qui brûle ici ne se consume pas mais se transfigure. Comme si, sous les émotions, les sentiments et les thèmes trop visibles, passait une force de vie telle qu’elle ne cessait de nous mettre au présent. Malgré son évanescence – dans son évanescence même : ‘‘Je vois l’ombre dans la substance rouge du crépuscule. / Je ferme les yeux / Les limites brûlent.’’ Seule ce qu’on appelle poésie est capable de ce paradoxe : faire parler ce qui se tait, tirer la parole du mutisme, des ténèbres la lumière. »
JACQUES ANCET est l’auteur d’une trentaine de livres (poèmes, proses, romans, essais), mais aussi le traducteur et l’introducteur en France de quelques-uns des plus grands noms de la poésie et de la littérature de langue espagnole. Parmi ses traductions on citera : Jean de la Croix, Nuit obscure, Cantique spirituel (Poésie/Gallimard, 1997), Ramón Gómez de la Serna, Le Livre muet et Lettres aux hirondelles et à moi-même (André Dimanche, 1998 et 2006), Vicente Aleixandre, La destruction ou l’amour (Fédérop, 1975), Luis Cernuda, Les plaisirs interdits et Un fleuve un amour (Fata Morgana, 1981 et 1985), Ocnos (Cahiers des Brisants, 1987), Xavier Villaurrutia, Nostalgies de la mort (Corti, 1991), María Zambrano, Philosophie et poésie (Corti, 2003), José Ángel Valente, une vingtaine de livres aux éditions Unes, Corti et Gallimard.
D’ascendance provençale par son père et alsacienne et égyptienne par sa mère, Jacques Ancet est né en 1942 à Lyon où il vit jusqu’à l’âge de 25 ans. Licencié d’espagnol puis « lecteur » à l’université de Séville, il passe l’agrégation d’espagnol et il sera professeur pendant trente-quatre ans dans le secondaire et en classes préparatoires. Les années 70 et 80 sont celles des rencontres et de l’amitié : pour la traduction José Angel Valente, pour l’écriture Bernard Noël, pour la pensée du poème Henri Meschonnic. Ce sont aussi, dans la région Rhône-Alpes, les années des spectacles d’initiation à la poésie contemporaine et, à Annecy et de l’animation d’un cycle de lectures-rencontres. Il a reçu en 1992 le prix Nelly Sachs et en 1994 le prix Rhône-Alpes du Livre.

Au point où en sont les choses, de quelle clarté perdue venons-nous ? Qui peut se souvenir de l’inexistence ? Il serait sans doute plus doux de revenir, mais

nous entrons indécis dans une forêt d’aubépines. Il n’y a rien au-delà de l’ultime prophétie. Nous avons rêvé qu’un dieu nous léchait les mains : nul ne verra son masque divin.

Au point où en sont les choses,

la folie est parfaite.

Antonio Gamoneda
Clarté sans repos. Trad. Jacques Ancet.

Publié dans : Non classé |le 11 mars, 2006 |1 Commentaire »

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